Littérature & société N° 33       Automne-Hiver 2018
Dans le vaste désordre du monde contemporain, la Turquie étonne par les prises de position de ses responsables politiques, ainsi que par son action dans un Moyen-Orient en crise permanente. Des écrivains résistent. Le dossier qui leur est consacré, dirigé par Timour Muhidine et Sylvain Cavaillès, rend compte d’une liberté et d’une opposition rassurantes.
René Depestre, poète romancier et essayiste, est né à Jacmel en Haïti, terre d’écrivains. On se souvient encore du succès de Hadriana de tous mes rêves, prix Renaudot 1988. Le dossier qui lui est consacré, dirigé par Tirthankar Chanda, nous fait (re)découvrir une œuvre immense et originale.
Les machines, amies ou ennemies, remplissent de plus en plus notre espace quotidien. Porteuses de liberté, elles sont présentes dans notre vie de chaque jour. Mais elles sont aussi des menaces et peuvent être porteuses de graves dangers. Mais comment pourrions-nous nous en passer aujourd’hui ? À tel point qu’on se demande si elles ne prendront pas le pouvoir un jour…
Éditorial Sommaire
LITTÉRATURES DE RÉSISTANCE EN TURQUIE
Dossier dirigé par Timour Muhidine et Sylvain Cavaillès
 
Timour Muhidine : Des marges à l’Underground
Yigit Bener : La révolte de Gezi, une langue nouvelle
Sylvain Cavaillès : Écrire avec les racines: les écrivains kurdes turcophones
Altay Öktem : Les instruments du diable, pour une histoire des fanzines
Serdar Ay : La production artistique et culturelle kurde: un paysage mutilé
Hakan Günday : Examen oral (à l’Académie du Parti)
Stéphanie Fontenoy    : La peur est un produit joker
                                            (Entretien avec Hakan Günday)
Asli Erdogan : Conversation du dimanche
Emrah Serbes : Saffet Semerci a pété un plomb sur ce banc    
küçük iskender : Deux poèmes
Murat Uyurkulak : Nid d’oiseau
Niyazi Zorlu : Leur rêve
Hüseyin Avni Dede : Deux poèmes
Cihat Duman : La scène se passe à Beyoglu
Sibel Torunoglu : Pinocchio travesti
Birhan Keskin : Deux poèmes
Murat Özyasar     : Obscurité
Ugur Aktas : Selim le Cure-dent, de Yedikule
Ayhan Geçgin : Histoire du détruire
Isahag Uygar Eskiciyan : Qu’est-ce que tu dis de ça, Sherlock?
Seyyidhan Kömürcü : La Tache du monde (poèmes)                                
 
HORS CADRE : RENÉ DEPESTRE
Dossier dirigé par Tirthankar Chanda
Tirthankar Chanda : René Depestre en huit dates et dix livres
Marie Joqueviel-Bourjea : Alleluia pour un homme-banian
Aleksandra Perisic : Entretien avec René Depestre
René Depestre : Les montagnes bleues de la Jamaïque
Serge Bourjea : Un arc-en-ciel pour l’Occident chrétien, l’avenir d’un spectre
Tirthankar Chanda : La bibliothèque de René Depestre
 
LES MACHINES
Dossier dirigé par Jean Guiloineau
Jean Guiloineau : La machine haut-le-pied
Jérôme Vérain : L’enceinte
Laure Cambau    : Algorithme des bois
Simone Balazard : Nos chères machines
Jérôme Meizoz : Absolument modernes!
Pierre Weibel : Le monte-plats
Daniel Pozner : En guise de machine à continuer le temps
Do Khiem : Le robot vietnamien à lessive en poudre
Ernesto Mächler Tobar : Lleras, mon ami, encore une bière?
René Robinet : Outils
 
CHRONIQUES
En r’venant de l’expo
Jean-Marie Chevrier : Les effarés
 
Paroles gelées
Jérôme Vérain : Parler vrai
 
Passants du siècle
Jean Guiloineau : Estivale
Roberto Ferrucci : Épuiser les lieux (5)
Claudette Krynk : Ma Marceline
Littératures de résistance 
en Turquie 

René Depestre

Les machines


Illustrations : Honoré Daumier
Il est certainement abusif de réduire Honoré Daumier (1808-1879) au statut de “caricaturiste”. D’abord parce que son œuvre ne se limite pas aux milliers de lithographies publiées dans La Caricature puis Le Charivari : il fut aussi peintre, l’un des plus grands de son temps, et sculpteur. 
Ensuite parce que son inspiration déborde de loin la simple veine satirique. Il fut le témoin inlassable, non seulement des ridicules, mais surtout des souffrances et des angoisses de son temps. Par exemple des tribulations de “fugitifs” ballottés d’un bout à l’autre de l’Europe au lendemain des révolutions de 1848 : l’Empire ottoman fut l’un des théâtres de cette tragédie. 
Il illustre aussi, à maintes reprises, la terreur suscitée par l’irruption du machinisme et de son monstre emblématique : le chemin de fer.